Par Carole Labrugnas, webdesigner freelance WordPress à Limoges
En résumé
Oui. Mais plus pour les raisons qu’on vous donnait il y a 3 ans.
Un site internet reste le seul espace en ligne qui vous appartienne vraiment. Ça n’a pas changé. Ce qui a changé, c’est qu’il est devenu la condition pour exister aux yeux des intelligences artificielles. ChatGPT, Gemini et Perplexity ne recommandent que ce qu’ils trouvent. Sans site, vous n’êtes pas mal classé : vous êtes introuvable.
Un chiffre à garder en tête, en revanche : quand Google affiche un résumé par IA, 8% des internautes seulement cliquent encore sur un lien, contre 15% sans résumé. Votre site recevra moins de visites qu’avant. Il vous servira pourtant davantage. Je vous explique pourquoi.
« Avec l’IA, un site ne sert plus à rien, non ? »
C’est la phrase que j’entends le plus souvent depuis un an. Elle est compréhensible. Quand on demande un conseil à ChatGPT et qu’il répond en 3 paragraphes, sans qu’on ait eu besoin d’ouvrir le moindre site, on peut légitimement se demander à quoi bon.
Sauf que la question se trompe de cible. Elle suppose qu’un site sert à recevoir des visites. C’était vrai. Ce n’est plus l’essentiel.
Ce qui n’a pas changé
3 choses restent vraies, et je ne vais pas m’y attarder puisque j’en ai parlé en détail ailleurs.
- Votre site vous appartient. Un compte Instagram appartient à Meta. Il peut être suspendu, son fonctionnement peut changer du jour au lendemain, et vous n’avez aucun recours. Votre site, lui, est à vous : le nom de domaine, les contenus, les photos, la liste de vos contacts.
- Il présente votre offre en entier. Vos tarifs, votre méthode, vos témoignages, vos conditions. Une publication qui disparaît du fil en quelques heures ne fera jamais ce travail.
- Il travaille quand vous dormez. Un prospect qui vous découvre à 23h un dimanche peut tout lire, tout comprendre, et vous écrire sans vous réveiller.
Ce qui a changé : une IA ne peut recommander que ce qui existe
Comment une intelligence artificielle choisit qui elle cite
Elle ne vous connaît pas. Elle cherche.
Quand quelqu’un demande à un assistant « qui peut me créer un site internet près de chez moi », celui-ci lance une recherche sur le web, lit les pages qui remontent, et construit sa réponse à partir de ce qu’il y trouve. Pas de page, pas de citation. C’est aussi mécanique que ça.
Et il privilégie 3 choses :
- Des pages qui répondent directement à une question, avec des titres clairs et une structure lisible.
- Des informations recoupées ailleurs : annuaires professionnels, avis clients, mentions sur d’autres sites. Une seule source ne suffit pas à la convaincre.
- Des contenus précis, datés et vérifiables, plutôt que des formules vagues.
Le GEO, cette nouvelle discipline
On appelle ça le GEO, pour Generative Engine Optimization. C’est au référencement dans les IA ce que le SEO est au référencement dans Google. La discipline est jeune, les bonnes pratiques bougent encore, et personne ne peut vous promettre une place.
Mais l’ordre de grandeur de l’enjeu, lui, est clair : ChatGPT compte environ 900 millions d’utilisateurs chaque semaine début 2026, et les plateformes d’IA générative totalisent 9,5 milliards de visites mensuelles, en hausse de 70% sur un an. Ce ne sont plus des usages de niche.
Le piège : être cité ne veut pas dire recevoir des visites
C’est ici que la plupart des articles sur le sujet vous mentent par omission.
L’étude du Pew Research Center est sans pitié sur ce point. Elle a suivi la navigation réelle de 900 personnes sur près de 69 000 recherches Google. Verdict : lorsqu’un résumé par IA s’affiche, 1% seulement des internautes cliquent sur une source citée à l’intérieur de ce résumé. Un pour cent. Et 26% ferment carrément leur navigateur sans cliquer nulle part, contre 16% quand il n’y a pas de résumé.
Autrement dit : vous pouvez être cité par une IA et ne voir strictement aucune visite supplémentaire dans vos statistiques.
Faut-il en conclure que c’est inutile ? Non. Il faut changer d’unité de mesure.
Votre site n’est plus un canal de trafic, c’est votre infrastructure de crédibilité
Voilà à quoi ressemble désormais le parcours d’un futur client :
- Il demande à ChatGPT qui pourrait lui créer son site.
- L’assistant cite 3 ou 4 noms. Le vôtre, si vous existez quelque part.
- Il ne clique pas. Il retient le nom.
- Deux jours plus tard, il tape votre nom dans Google.
- Il arrive sur votre site, lit votre page À propos, regarde votre portfolio, et vous écrit.
Votre site n’a généré aucune des visites des étapes 1 à 3. Il a simplement rendu la recommandation possible, puis transformé la curiosité en confiance. Ce sont deux rôles distincts, et aucun des deux ne se mesure en nombre de visiteurs.
C’est pour ça que je trouve la question « combien de visites mon site va-t-il m’apporter ? » de moins en moins pertinente. La bonne question, aujourd’hui : « quand quelqu’un cherche ce que je fais, est-ce que je suis trouvable, et est-ce que ce qu’on trouve me ressemble ? »
Ce que ça change concrètement pour votre site
Pas de révolution à prévoir. Les bons réflexes du SEO restent les bons réflexes du GEO. Mais 4 points prennent du poids :
- Répondez à de vraies questions. Une page ou un paragraphe qui répond nettement à une question précise a beaucoup plus de chances d’être reprise qu’un texte d’ambiance.
- Soyez présent ailleurs que sur votre site. Annuaires professionnels, avis Google, mentions dans la presse locale ou sur les sites de vos clients. Une IA croise ses sources : si vous n’existez qu’à un seul endroit, elle hésite à vous citer.
- Soignez vos informations factuelles. Votre zone d’intervention, vos services, vos tarifs quand c’est possible, vos coordonnées. Ce sont ces éléments-là qu’un assistant reprend.
- Datez et mettez à jour. Un contenu qui n’a pas bougé depuis 3 ans inspire moins confiance, aux IA comme aux humains.
Dans quels cas pouvez-vous attendre ?
Je ne vais pas vous dire que tout le monde a besoin d’un site demain matin. Attendre se défend si vous testez encore votre activité et que votre offre n’est pas stable, si vous n’avez pas encore d’identité visuelle claire (un site se construit dessus, pas avant), ou si votre carnet est plein pour les 12 prochains mois et que ça vous convient.
En revanche, si vous vous apprêtez à investir dans votre visibilité, commencez par là. C’est la seule brique sur laquelle toutes les autres s’appuient.
Questions fréquentes
Comment savoir si je suis citée par une IA ?
Le plus simple : posez la question vous-même. Demandez à ChatGPT, Gemini et Perplexity qui exerce votre métier dans votre région, et regardez si votre nom apparaît. Recommencez tous les 2 ou 3 mois. Les réponses varient d’une fois sur l’autre, donc testez plusieurs formulations avant d’en tirer une conclusion.
Faut-il un blog pour être citée ?
Ce n’est pas obligatoire, mais ça aide beaucoup. Un blog vous permet de répondre explicitement aux questions que se posent vos prospects, et ce sont précisément ces réponses que les assistants vont chercher. Mieux vaut 5 articles utiles que 50 articles creux.
Une fiche Google Business ne suffirait-elle pas ?
Elle est indispensable, et elle ne suffit pas. Une fiche donne vos coordonnées, vos horaires et vos avis. Elle ne raconte pas votre façon de travailler, ne montre pas vos réalisations et ne répond pas aux questions de vos prospectes. C’est un panneau indicateur, pas une vitrine.
Combien de temps avant d’être visible dans les IA ?
Personne ne peut vous donner de délai fiable, et méfiez-vous de ceux qui le font. Ce qui est sûr, c’est que la condition d’entrée est d’exister : un site en ligne, correctement structuré, recoupé par quelques sources extérieures. Sans ça, le délai est infini.
Mon verdict
La question n’est plus « est-ce qu’un site sert encore à quelque chose », mais « est-ce que j’existe quelque part où l’on puisse me trouver et me recommander ».
Un site internet ne vous apportera pas le trafic qu’il apportait en 2020. Il vous apportera autre chose, de plus difficile à obtenir et de plus difficile à vous retirer : une présence que vous possédez, que les moteurs et les assistants peuvent citer, et qui travaille pour vous même quand personne ne clique.
Vous réfléchissez à votre site ? On en parle simplement, sans engagement et sans jargon.
Sources
- Pew Research Center, Google users are less likely to click on links when an AI summary appears in the results (juillet 2025, données de mars 2025)
- Statistiques GEO et recherche IA : compilation reprenant les données Similarweb (visites des plateformes d’IA) et OpenAI (utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT)





